mercredi 20 juin 2007

Situation

Pressé par des événements insoupçonnables, je n’ai finalement pas beaucoup de temps pour écrire dans ce blog, et donc je n’ai pas bien expliqué ma situation. J’habite une guest house, sorte d’hôtel bon marché qui donne sur un des canaux de Bangkok, appelé le Banglumphoo. C’est un quartier qui paraît encore typique, qui a le mérite de fournir un cadre pittoresque aux nombreux touristes qui fourmillent dans ce quartier, terre d’échouage de prédilection, et qui la nuit, guidés par l’instinct, se regroupent dans la rue Koa San Road, dans un formidable élan international. Cependant, ce quartier n’est pas un village reconstitué en un Disney Thaï. Tournés vers la rue, les marchés et les multiples stands de cuisine investissent tous les trottoirs, en périphérie d’une circulation ultra-bruyante et polluée, où l’on peut déguster, le temps de s’arrêter, de merveilleuses nouilles et de délicieux rouleaux de printemps. Ici, parmi la cohue, personne ne se bouscule, mais tout le monde se contourne, sans s’arrêter, et dans une fluidité que rien ne bouscule.

Ma chambre est toute petite, et pour tout dire, très spartiate, quant à son ameublement et son aspect. Je me sens un peu dans une cellule de moine, chambre 301, vue sur le canal, mais j’échappe heureusement à la chaleur étouffante, grâce à un climatiseur, seul luxe décelable.

Ce quartier est un peu compliqué à quitter car il n’est pas bien desservi par les transports en communs, en dehors des grandes lignes de métro, ce qui fait que la majorité de mes déplacements s’effectuent en taxi. Ce n’est pas cher, compter 1 ou 2 euros par trajets pour rejoindre le métro le plus proche, mais le taxi peut se révéler assez onéreux, par la grande fréquence des embouteillages qui engorgent la ville. Stationner, dans le zen le plus total et sous une température climatisée de 18 ° pendant un bon quart d’heure au même endroit, sans céder à la panique, n’est qu’une occurrence chère aux heures de pointe. Juste revanche, aux heures creuses, Bangkok se transforme en circuit automobile, où il n’est pas rare de voir le taxi frôler les 100 Km/h, et là, c’est un vrai plaisir de franchir chaque quartier, aperçu fugitivement sous les traînées lumineuses nocturnes, le souffle coupé par la vitesse.

Le sky-train est aussi très agréable à prendre. C’est une sorte de serpent volant entre ciel et terre, roulant sur un réseau monumental monté sur béton, et surplombant la ville. De là-haut, le panorama est complet, dévoilant un étagement de buildings, plans par plans, mais en dessous, c’est la nuit. De temps en temps, ce train s’enfonce dans des forêts de grattes ciels, où la lumière ne perce que le temps de traverser la travée d’une rue, entre eux blocs.

Le métro, quant à lui, forme l’envers complet du décor de la rue, le bruit cédant la place au silence et aux pas pressés et feutrés, dans un espace sur climatisé, particulièrement efficace pour attraper un rhume, après les 35 ou 40 °C de l’extérieur.

En général, j’ai quelques problèmes pour communiquer avec les gens. Mon anglais, assaisonné d’un accent français très fort et difficilement compréhensibles pour les thaïlandais à cause des « r », n’est vraiment pas à la hauteur et le recours aux gestes ne s’opère pas sans quelque ambiguïté fondamentale. Pour ajouter à la confusion, les étudiants de mon école ne parlent pas vraiment bien anglais non plus, à moins de recourir à un subterfuge alcoolisé, qui délie les langues. Mais heureusement, j’ai trois amis qui parlent bien français, et il est facile pour moi de me reposer sur eux, ce sont mes interprètes.

L’école est très agréable, fonctionnant à peu près comme Beaux-Arts de Paris. De multiples petits groupes d’étudiants sont posés en grappes dans la cour, et je me sens parfois un peu extra-terrestre quand j’arrive sous tous ces regards. Les étudiants ne viennent pas spontanément parler, et il faut en général insister pour parler ou échanger quelques mots. Polis et réservés, ils me regardent souvent d’un air gêné, mais présenté à eux, je suis bien accueilli.

Mon programme, en général, ne va pas être de suivre des cours, car ils sont tous en thaïlandais, mais je peux m’entretenir librement avec les professeurs, et plus particulièrement avec deux professeurs qui sont mes « advisors ». Je suis considéré comme un petit satellite français, qui peut aller ou il veut, sans que cela soit étonnant. Surtout, je dois réaliser un projet exposable dans la galerie de l’école, fin août, avec présentation devant l’école. 

Comme personne ne fait de photos, je passe un peu pour un énergumène, car ici, la peinture et la sculpture règnent, ainsi que la gravure.

Je passe pas mal de temps avec mes amis qui parlent français. Ce sont par leurs surnoms, Bank, Punch et Gi. Ils ne sont pas dans la même école que moi, mais dans l’université d’archéologie, qui jouxte la mienne. Ils ont des cours de français, où ils apprennent la l’histoire de la littérature française au 19ème siècle.

Ils me font découvrir pas mal de choses, des petits usages quotidiens aux bon petits restos, des vernissages d’expositions, aux concerts, et dernièrement, en boîte de nuit.

Autrement, je passe pas mal de mon temps dans la rue, à explorer les différents quartiers de Bangkok, tous très différents, bien que marcher dans cette chaleur soit une épreuve physique, mais compensée par les saveurs de chaque endroits nouveaux ainsi que les endroits revisités. _07M8657 Les noms, en particulier, sont les éléments d’un nouveau code que je dois déchiffrer. Sans orthographe précise, ils évoluent au gré des cartes, ou des panneaux d’indication. J’essaie pour le moment, pour compléter mon immersion, de perdre mon temps, sans chronologie organisée.

Posté par argyroglo à 16:47 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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