dimanche 8 juillet 2007

Cousu de fil blanc

« La plupart des hommes sont dans leur rapport fondamental avec eux-mêmes des narrateurs. Ils n’aiment pas la poésie, ou seulement par moments. Même si quelques « parce que » ou « pour que » se mêlent ici ou là au fil de la vie, ils n’en ont pas moins en horreur toute réflexion qui tente d’aller au-delà. Ils aiment la succession bien réglée des faits parce qu’elle a toutes les apparences de la nécessité, et l’impression que leur vie suit un « cours » est pour eux un abris dans le chaos. Ulrich s’apercevait maintenant qu’il avait perdu le sens de cette narration primitive à quoi notre vie privée reste encore attachée bien que tout, dans la vie publique, ait déjà échappé à la narration et, loin de suivre un fil, s’étale sur une surface subtilement entretissée.

Extrait de « L’Homme sans qualité », Robert Musil. Texte proposé par Jean-François Chevrier, cours ENSBA.

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Posté par argyroglo à 19:37 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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